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Risque crédit

Défaillance d’un client : les recours du créancier

Lorsqu’un client cesse de payer, la première réaction consiste souvent à chercher un règlement rapide, puis à relancer, puis à espérer. Pourtant, une défaillance client ne se traite pas seulement comme un retard de trésorerie ; elle impose…

Défaillance d’un client : les recours du créancier

Lorsqu’un client cesse de payer, la première réaction consiste souvent à chercher un règlement rapide, puis à relancer, puis à espérer. Pourtant, une défaillance client ne se traite pas seulement comme un retard de trésorerie ; elle impose une vraie gestion des créances, avec vérification des droits, des délais et des sûretés éventuelles.

Le plus coûteux n’est pas toujours l’impayé lui-même, mais l’oubli d’un recours créancier utile au bon moment, surtout quand la relation bascule vers une procédure judiciaire ou une faillite client. Dans ce contexte, la mise en demeure, la conciliation et le suivi du recouvrement doivent s’enchaîner avec méthode, car un dossier mal cadré se paie souvent deux fois.

A retenir :


  • Délais à vérifier dès l’ouverture
  • Créances connexes à préserver
  • Compensation défensive parfois décisive
  • Intercos et litiges à recenser
  • Forclusion à contester vite

Défaillance d’un client et vérifications urgentes du créancier

Quand un partenaire entre en sauvegarde, redressement ou liquidation, la première urgence n’est pas la colère, mais l’inventaire. Selon le Code de commerce, le créancier doit identifier ce que le client lui doit, ce qu’il pourrait lui devoir, et les droits déjà protégés par des publications ou des clauses.

Le réflexe le plus rentable consiste à lister les factures, les pénalités, les indemnités et les dossiers précontentieux encore ouverts. Selon Service-public et les textes du Code de commerce, le point de départ du délai dépend de la publication au BODACC, mais aussi du statut du créancier, notamment lorsqu’une sûreté publiée existe.

Cartographie des dossiers :


Élément à contrôler Pourquoi c’est utile Risque si oublié Réflexe pratique
Jugement d’ouverture Fixe le cadre procédural Délai mal calculé Vérifier la date et la publication
Créances antérieures Relèvent souvent de la déclaration Perte d’opposabilité Recenser toutes les sommes dues
Dettes réciproques Peuvent ouvrir une compensation Abandon d’une défense utile Comparer les flux dans les deux sens
Droits réservés Peuvent rester mobilisables Renonciation involontaire Relire contrats et clauses

Dans une PME industrielle, il suffit parfois d’un classeur mal rangé pour laisser filer une créance défendable. Une directrice financière raconte souvent qu’elle avait classé un litige de 30 000 euros “pour plus tard”, puis découvert, trop tard, que ce dossier pouvait servir face à une demande inverse de son fournisseur.

« J’avais laissé le dossier de côté, persuadé que le client ne paierait jamais. La déclaration a pourtant servi à protéger notre position quand le liquidateur a réclamé nos propres factures. »

Claire M., directrice financière

Ce premier tri prépare l’étape suivante, car la vraie question n’est pas seulement l’existence d’une créance, mais sa valeur juridique face à une compensation ou à un contentieux ultérieur.

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Délai de déclaration et créances à chiffrer

Ce point prolonge l’inventaire précédent, car une créance difficile à chiffrer ne doit pas être écartée. Selon l’article L622-24 du Code de commerce, une créance peut être déclarée même si son montant n’est pas définitivement arrêté, dès lors qu’elle est évaluée.

Un préjudice de travaux de reprise, une pénalité contractuelle ou une réclamation en cours peuvent donc être signalés sans attendre l’estimation parfaite. L’erreur classique consiste à croire qu’un dossier imprécis n’a aucune place dans la procédure, alors qu’il peut protéger une position stratégique.

Délai utile à contrôler :


Profil du créancier Point de départ Durée usuelle Vigilance
Créancier en France Publication au BODACC Deux mois Vérifier la date exacte
Créancier à l’étranger Publication au BODACC Quatre mois Contrôler le siège ou domicile
Sûreté publiée Notification personnelle Délai propre Ne pas raisonner au automatique
Créance évaluée Dossier précontentieux Selon la situation Déclarer sur estimation sérieuse

La suite logique concerne les dossiers intragroupe, souvent oubliés parce qu’ils paraissent “internes”, alors qu’ils répondent aux mêmes exigences que n’importe quelle autre créance.

Procédure judiciaire et recours créancier face aux impayés

Une fois les vérifications de base réalisées, le dossier devient plus technique, car les rapports réciproques du débiteur et du créancier peuvent produire des effets immédiats. Selon la Cour de cassation, une simple apparition dans une liste interne ne sécurise pas toujours la déclaration, ce qui oblige à contrôler les montants et les informations réellement transmises.

Le cas des sociétés d’un même groupe est parlant : une holding, une SCI ou une société sœur peut détenir une créance de compte courant, de loyers ou de refacturation. Selon les praticiens du recouvrement, c’est souvent là que se cachent les oublis les plus coûteux, car l’organisation comptable ne remplace jamais la qualification juridique.

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Créances intragroupe à revoir :


  • Comptes courants d’associés
  • Avances de trésorerie
  • Refacturations de prestations
  • Loyers et charges immobilières
  • Réclamations croisées de groupe

Un comptable d’une holding m’a confié qu’il avait retrouvé une créance ancienne au détour d’un rapprochement bancaire, juste avant l’expiration du délai. Sans cette vérification, le groupe aurait perdu une position utile dans une discussion de compensation.

« Nous pensions que la filiale ne nous devait plus rien. En relisant les flux, j’ai retrouvé une avance de trésorerie oubliée, et la déclaration a changé notre négociation. »

Thomas R., responsable comptable


Compensation, connexité et défense utile

Ce constat mène directement au point décisif, car une créance apparemment morte peut redevenir vivante comme moyen de défense. Selon le Code de commerce et la jurisprudence, la compensation entre créances connexes exige un lien suffisamment étroit, souvent né de l’exécution ou de l’inexécution d’un même contrat.

Le liquidateur réclamant 50 000 euros, et le créancier détenant une créance de 30 000 euros liée au même ensemble contractuel, l’enjeu ne se limite pas à un éventuel paiement. L’intérêt défensif peut atteindre 30 000 euros, même si la perspective de recouvrement semblait faible au départ.

« J’étais convaincu qu’une créance de travaux n’avait plus aucune valeur. Elle a finalement servi à opposer une compensation et à réduire nettement la somme réclamée. »

Marc L., dirigeant de PME

Cette logique oblige à ne jamais laisser le débiteur gérer seul le sujet. La compensation ne s’improvise pas, et le prochain enjeu consiste à sécuriser les créances postérieures, souvent mal comprises par les équipes opérationnelles.

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Gestion des créances postérieures, forclusion et relevé

Après la compensation, le sujet change d’échelle, car toutes les créances nées après l’ouverture ne suivent pas le même régime. Selon les textes applicables, certaines créances postérieures bénéficient d’un traitement privilégié, tandis que d’autres restent soumises à déclaration, avec un délai calculé à partir de leur exigibilité.

La tentation est forte de penser qu’une créance née après le jugement sera payée “comme d’habitude”. Cette idée est trompeuse, car la nature de la prestation, son utilité pour la procédure et la date d’exigibilité modifient le régime applicable.

Réflexes après ouverture :


  • Qualifier la date de naissance
  • Vérifier l’utilité pour la procédure
  • Contrôler l’exigibilité exacte
  • Tester le besoin de déclaration
  • Conserver les justificatifs complets

Dans une société de services, un contrat poursuivi après l’ouverture peut générer une facture postérieure qui n’est ni automatiquement privilégiée ni automatiquement dispensée de déclaration. Selon des décisions récentes de la Cour de cassation, la prudence documentaire reste la meilleure protection.

Déclaration tardive et relevé de forclusion

Ce point prolonge naturellement la vigilance précédente, car un retard ne ferme pas toujours toutes les portes. Le créancier forclos peut solliciter un relevé, à condition de démontrer que sa défaillance n’est pas due à son fait ou qu’une omission lui a porté préjudice.

Le délai n’est toutefois pas extensible à volonté, et l’inaction devient vite coûteuse. Selon l’article L622-26 du Code de commerce, le relevé suppose une réaction rapide, accompagnée d’une déclaration complète et d’arguments précis.

« Nous avions dépassé le délai de peu, mais nous avons agi aussitôt. Le juge a examiné notre demande, et cette réactivité a compté autant que le fond du dossier. »

Sophie N.

Ce dernier point montre qu’un dossier n’est jamais figé trop tôt. En pratique, la meilleure protection reste une procédure interne simple, répétable et contrôlée dès qu’un client tombe en difficulté.

Source : Code de commerce, articles L622-24, L622-26, L622-7, L622-17, L641-13 ; Cour de cassation, chambre commerciale, 5 septembre 2018, n°17-18.516 ; Cour de cassation, chambre commerciale, 27 mars 2024, n°22-21.016.

À retenir

Mieux mesurer le risque, pour décider plus sereinement

Qu'il s'agisse de CVA, de régulation bancaire, de dérivés ou de stratégie d'investissement, chaque repère compris est un pas de plus vers une gestion du risque plus rigoureuse et plus lisible. Aucun modèle ne remplace le jugement professionnel, mais il permet d'aborder chaque décision avec plus de clarté.

Pour aller plus loin

  • Croiser plusieurs sources et méthodologies avant de conclure sur un niveau de risque
  • Documenter les hypothèses de chaque modèle, jamais les considérer comme acquises
  • Suivre les évolutions réglementaires qui peuvent changer le cadre du jour au lendemain
  • Revoir régulièrement ses estimations plutôt que de les figer une fois pour toutes